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Nous laisser aimer  Version imprimable

le 11/04/2010

Nous laisser aimer
Le reposoir

Dans l’Evangile, le verbe « voir » revient souvent. On voit des objets : tombeau, linceul, linge… et à la fin, on voit grâce à l’Ecriture. « Les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite… ». Cette phrase peut nous surprendre. Pourquoi faut-il l’Ecriture ? Une apparition de Jésus ressuscité ne suffirait-elle pas ? Qu’est-ce que saint Jean voit, qui le ferait croire : « il vit et il crut ». Qu’a-t-il lu dans l’Ecriture qui lui fait voir ce que d’autres ne voient pas… ?

Non seulement les messagers du Ressuscité renvoient sans cesse aux Ecritures mais Jésus ressuscité lui-même se fait exégète ! « Et il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait » (Luc 24,17). Sans elles, pas de Résurrection qui tienne. Et le premier à voir est ‘celui que Jésus aimait’. Est-ce qu’il n’aimait pas Marie-Madeleine et Pierre ? Bien sûr ! Mais saint Jean est le seul qui soit défini par ce seul amour. Croire en la Résurrection est un acte d’intelligence et d’amour. Lire les Ecritures et se laisser aimer : telles sont les deux portes de la foi. Tel a été le chemin des disciples. Tel est encore le nôtre. Nous aussi nous avons les Ecritures. Nous aussi nous pouvons nous laisser aimer. Entre l’acte de foi des Apôtres et le nôtre, les ressemblances sont plus grandes que les différences. Eux comme nous ont eu à lire les Ecritures. Eux comme nous ont eu à se laisser aimer. Eux comme nous ont eu à croire.

Et pourquoi l’Ecriture ? Prenons pour exemple le poème du Serviteur souffrant du prophète Isaïe (52-53) que nous avons eu le vendredi saint. Nous savons que Jésus s’est profondément identifié à ce Serviteur. Et que dit Isaïe de la Résurrection ? « A la suite de l'épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé » (Is 52,10b.11a). Encore plus étonnant, il est dit de ce Serviteur qu’il « sera élevé et exalté » (Is 52,13). Il est dit de lui ce qui était dit de Dieu même au début du livre ! Ressusciter, c’est être là même où est Dieu, c’est entrer soi-même en la vie même de Dieu.

Sainte Marie-Madeleine avait été guérie par Jésus. Elle avait pour lui une reconnaissance infinie. Elle lui était attachée. Pourtant ce n’est pas elle dont il est dit qu’elle a cru. Saint Pierre avait été choisi par Jésus pour être son premier vicaire. Il avait pour lui un enthousiasme débordant. Il lui était attaché. Pourtant ce n’est pas lui dont il est dit qu’il a cru. Il s’agit de saint Jean, disciple dont nous ne savons qu’une seule chose, la seule qui compte, c’est que Jésus l’aimait. Ce qui nous permet de croire, c’est l’amour du Christ pour nous. Croire en la Résurrection du Christ, ce n’est finalement rien d’autre que croire que nous sommes aimés. Chaque fois que nous nous laissons aimer, nous goûtons la joie du matin de Pâques. Saint Jean s’est laissé aimer par Jésus jusqu’à être au pied de la Croix, jusqu’à lui entendre dire : « Voici ta Mère ». Nous pourrons nous aussi nous laisser aimer en ouvrant notre cœur à la présence de Jésus, dans la prière, dans la sainte communion, dans le sacrement de la réconciliation. Dimanche prochain, nous fêterons le Divine Miséricorde. N’est pas là l’occasion de nous ouvrir à l’Amour de Dieu en lui demandant pardon pour nos fautes, si nous ne l’avons pas fait pendant le Carême. Accueillons donc largement cette joie de Pâques pour la répandre autour de nous, au sein de toutes les activités du « Chantier », au sein de notre propre famille.

P. Hervé Peyrelongue, LC