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Qu'avons nous à vendre ?  Version imprimable

le 22/12/2019


Maman ayant fait il y a peu un séjour prolongé à l'hôpital nous avons eu du temps à consacrer aux mots fléchés, à la lecture, à ruminer sur le temps qui passe trop lentement ou trop vite, et sommes heureux de profiter de ce grand progrès chronophage et un rien aliénant de notre civilisation : la télévision.

Au fil des après-midi nous voyons défiler des centaines de publicités dont certaines n'ont peur ni du ridicule, ni des clichés, ni de messages subliminaux tirés par les cheveux. Un seul mot d'ordre : vendre.

Et nous, chrétiens, qu'avons-nous à vendre ? Rien ! Le Sauveur vient nous proposer son amour, pas des aspirateurs révolutionnaires, des voitures plus merveilleuses les unes que les autres et qui seront bientôt gratuites tant les mensualités sont minimes.
L'amour de Dieu, lui, est gratuit et universel (comme un certain régime de retraite). Alors pourquoi faire de la pub ? Pour … donner.

Je sens bien que les financiers, commerciaux et pragmatiques en frémissent d'horreur mais si nous n'avons rien à vendre nous avons quelqu'un à annoncer. Nos villes et quais de métro sont tapissés d'affiches étudiées et colorées qui n'ont souvent rien d'autre à annoncer que d'hypothétiques soldes et remises censées nous faire faire des économies. Aucune n'a le courage de dire la vérité : le seul moyen d'économiser ses sous est encore de ne pas les dépenser du tout. (Quoique cette idée fasse son chemin en ce moment sous le prétexte de prendre soin de la planète et de vendre maintenant un service qui devient un produit.)

Celui que nous annonçons en ce temps de l'Avent est un Fils de Roi. Voilà qui va plaire aux marchands de journaux : les rois et les reines, c'est vendeur ! Mais pas de chance, son royaume n'est pas de ce monde et sa couronne est d'épines ! 
Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir trouver alors ? Le bébé ! Le bébé, c'est une excellente trouvaille pour la pub. Le bébé, l'enfance, on l'associe à la tendresse, la joie, la fragilité, il en fait vendre de la marchandise le bébé ! Mais ce bébé là que nous propose-t-il ? Le Salut, pas très vendeur car il n'y en a qu'un, il n'y a pas d'obsolescence programmée.

Pourtant, dans nos rues, chez nos commerçants, je me rappelle avoir vu des affiches pour l'Avent, le denier du culte, le Carême, le caté, … Ces affiches sont là pour nous rappeler que ces moments, ces évènements, sont des moments de foi pour les chrétiens. Mieux, ils proposent le Christ à tous.
 
Merveilleux témoignage à la porte des libraires où sa parole prend forme et fait mémoire pour les générations à venir, des boulangers où les gens repartent avec le pain de la vie et la galette des rois, des bistrots où entre le petit blanc sec et le petit noir bien serré les conversations de comptoir et des petites gens ne l'effraient pas. Il vient nous sauver, tous, sans exception. 

Deux mille ans après la naissance de Jésus à Bethléem, les chrétiens continuent de le proclamer : en ce tout petit enfant endormi dans la crèche repose la vie de toute humanité.

N'ayons pas peur d'annoncer le Sauveur. Bien sûr cela peut nous faire paraître à contre-courant. L'esprit du monde c'est un peu le courant de la rivière et il est plus facile de se laisser porter par les flots que de ramer à contre-courant pour remonter à la source. Cela demande beaucoup d'énergie et, comme les saumons, nous nous épuisons parfois mais l'amour de Dieu qui nous donne la vie est là ! Nous n'avons peut-être pas d'affiches tape-à-l'œil et de slogans chocs, encore que, mais nous avons un trésor en nos cœurs à partager.

Annoncer non pour imposer des contraintes, des idées, … mais annoncer pour proposer, pour évangéliser, pour aimer et rejoindre, peut-être, le désir le plus intime de chaque homme. 

Eh oui, l'évangélisation n'est pas une affaire de marketing ou de pub, c'est une question d'ouverture du cœur, de cohérence. Et c'est donc infiniment plus exigeant.

Jean-Jacques Verniest