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Le monde du football  Version imprimable

le 18/03/2018


Les récents évènements qui se sont déroulés à la fin d'un match de foot comme l'entrefilet remarqué dans la presse relatant le fait qu'un spectateur mécontent est entré armé sur un terrain me sidèrent et m'attristent profondément.

Quels "progrès" notre société a-t-elle faits depuis que les Romains réclamaient du pain et des jeux ? Finalement les gladiateurs étaient heureux car ils pouvaient survivre à l'issue du combat, là les gladiateurs modernes s'ils ne survivent pas à leur combat (déclassement, perte de "valeur" sur le "marché" des joueurs, moins de temps de jeu donc pas de sélection nationale, …) sont en plus assassinés par ceux-là censés les encourager et qui sont à des années lumières de leurs capacités physiques, techniques et mentales. 

Et que dire du malheureux arbitre qui de toute façon n'a pas été bon et injuste (commentaire régulièrement entendu) et qui porte sur ses frêles épaules une responsabilité qui dépasse largement le simple aspect sportif. Une "erreur d'arbitrage" peut avoir d'énormes conséquences pour un club qui se voit éliminé d'une compétition, descendre de division, sans compter les retombées financières, d'image, … 

Oui le football moderne est malade, malade de lui-même, malade d'avoir réussi à incarner "Le sport unique et universel" simple, ludique, praticable par tous et partout. 

Malade du business financier qu'il génère -  du théâtre de leurs dirigeants -  des ego surdimensionnés de joueurs payés pour faire rêver (et le rêve, le prix d'un homme, est à quel prix ?) - des groupes de supporters que l'on ne maitrise plus ou pas, enfin pas trop parce qu'autrement les "ultras" n'existeraient même plus dans les tribunes,  - , de la nécessité de faire venir des compagnies entières de CRS en grande tenue et en action pour qu'un match "chaud" comme on dit puisse se tenir sans drame  -  des commentateurs d'émissions sportives qui des heures durant s'arrogent le droit de déblatérer, juger, noter, critiquer, refaire le monde et finalement s'approprient les joueurs comme s'ils étaient les pions d'un jeu et non plus des personnes. Mais comment peut-on passer des heures durant à avoir un avis sur tout et tout le monde (curieusement nous n'entendons pas les mêmes commentaires quand nous regardons de la gymnastique, du patinage, du snowboard, de la natation,...). Qu'en savent-ils, ces gens bien assis sur leurs chaises, des heures d'efforts nécessaires pour être au niveau, pour sans cesse repousser ses limites, des difficultés endurées pour revenir d'une blessure… 

Parce que tout le monde au moins une fois dans sa vie a joué au football il est plus facile d'en parler que d'une triple boucle piquée, d'un 720, d'un Diamidov, ... ! Sans parler des "communiquants" qui ne savent plus quoi inventer (je me rappelle une affiche, vite retirée, d'une grande compétition internationale présentant les joueurs sous l'aspect de chevaliers antiques en armure partant au combat, pardon, au match) ou de ceux nous présentant chaque jour à la télé quelques anecdotes sur les joueurs de football et tenter de nous émouvoir sur leur condition, leur parcours personnel. 

Oui, bien sûr, officiellement, en toute bonne foi, le "monde du football" réprouve ces excès mais il est finalement impuissant car c'est ainsi que le système fonctionne et il faut donc comme on ne peut changer le modèle économique … éduquer ou continuer dans les mêmes travers.

Un bon footballeur lit le journal sportif du matin, parle foot à la machine à café, regarde du foot à la télé, joue au foot le soir sur la console avec les potes, s'habille foot, voyage foot... Le propos est certes réducteur et excessif mais … 

Et partant de là comment ne pas comprendre que des supporters qui, mettent "leurs tripes" à encourager et soutenir toujours et partout leur club s'assimilent peu à peu à lui, vivent au travers de lui et se réalisent grâce à lui. La vie de leur club c'est leur vie, la victoire de leur club c'est leur victoire. Alors oui quand leur club est en difficulté, perd un "match qu'il n'aurait jamais dû perdre" c'est leur vie, leur rêve qui s'écroule et dans la frustration la réponse est malheureusement souvent absurde et violente. 

Je me revois demandant à Mehdi au retour des matches les résultats de nos équipes un jour où les "bleus" n'avaient pas brillé recevoir cette réponse : "Aujourd'hui c'est le football qui a été vainqueur". J'ose espérer que derrière cette boutade nous y mettions les mêmes choses, les mêmes valeurs. Oui le sport est une belle école personnelle et de la vie, demande la compétition, la confrontation parfois même rude mais qui doit rester franche. Oui, bien sûr, il faut un gagnant et il faut un perdant, oui il faut un David et un Goliath, oui il y aura toujours des mélanges détonants  de très bons joueurs et de "pieds carrés", oui il est inévitable qu'un arbitre ne se trompe pas, oui il y aura toujours de la mauvaise foi, des comportements excessifs et des bords de touche remuants, …

Mais si comme Finjan aimait le redire "On ne joue pas contre, on joue avec …" alors le foot ce sera une belle fête, la joie d'une rencontre, d'un moment partagé. Alors au foot comme dans tous les sports d'équipe ce seront ces valeurs d'entraide, de sacrifice, d'exigence, de coopération, de respect qui donneront de l'importance à ce qui se vit. Oui le foot procure de grandes joies et de belles fiertés et c'est pour cela qu'on l'apprécie. Faisons ce qu'il faut pour que cela dure !

Emmanuel Marfoglia, Président du "Chantier" 
Jean-Jacques Verniest, chargé de mission