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La laïcité  Version imprimable

le 21/01/2018



S'il est un sujet qui revient régulièrement dans l'actualité c'est bien celui de la laïcité. Difficile d'être original, tant a déjà été dit, ou d'avoir la grande idée géniale qui solutionnerait le "problème" dont souffrirait actuellement notre société, si tant soit peu qu'il y en ait un, car, quoi qu'on en dise, la religion est un fait sociétal. 

S'il est aisé de dire que croire relève de la sphère privée, ce qui est totalement vrai, l'expression de cette foi au travers de nos cultes est, elle, publique car elle se traduit en "signes extérieurs", en monuments, en rassemblements qui interfèrent avec une neutralité théorique d'État. Rappelons-nous les obsèques récentes de Monsieur Halliday : l'église de la Madeleine, les rues bloquées, les médias et la retransmission télévisée qui s'est prolongée une bonne partie de la journée, l'installation d'écrans géants en pleine rue, les moyens de sécurité avec l'installation de km de barrières, les motards, la police … sans oublier les services de nettoyage après coup. Quel beau moment de communion diront les uns, quel scandale diront les autres suivant leurs positionnements sociétaux, religieux ou encore artistiques.

En fait la laïcité est certainement une bonne chose. Une laïcité respectueuse et intelligente est une façon de protéger la liberté de chacun et la possibilité d'adhérer ou non à une religion sans que cela n'ait de conséquence au niveau de la société.
La laïcité est une façon d'éviter les prises de pouvoir : ce n'est pas l'État qui va m'obliger ou m'interdire de croire et de pratiquer tel ou tel culte; et ce ne sont pas non plus les chefs religieux qui vont dicter aux citoyens leurs décisions au nom d'une sacro-sainte morale religieuse et qui n'auraient pas à se justifier par la raison.

En fait, la laïcité ainsi vécue est un très bon moyen de garantir la liberté de conscience et la liberté religieuse.

Si nous comprenons bien la nécessité de l'indépendance de l'État par rapport à (aux) l'Église, je crois cependant que la religion doit donner du sens à nos "fonctionnements citoyens".

En effet si la religion n'aide pas concrètement à vivre, alors qu'est-elle : de belles intentions qui n'impliquent pas de changement ? Je crois que la religion ne doit pas rester enfermée dans la sphère privée, elle doit m'aider à comprendre le sens de ma vie, à découvrir que j'ai un rôle à jouer pour rendre ce monde meilleur. La religion doit m'inviter à mieux vivre avec les autres, à respecter le plus faible, à faire en sorte que chacun trouve sa place dans la société, à considérer chacun comme un frère ou une sœur en humanité… La religion est un filtre qui me permet de discerner ce que je fais de ma vie, me permettant de critiquer ce que je crois critiquable mais aussi d'accepter la critique quand la vérité me fait défaut.

Le Christ ne symbolise-t-il pas dans sa personne cette relation entre le divin et l'humain ? A-t-il pas pris position dans le fonctionnement de la société quand il chassa les marchands du temple, demeura chez Zachée ou rendit à César la monnaie de sa pièce ? Il n'a pas critiqué le fait que la société fonctionne, il a renvoyé chacun à la justification morale de ses actes et les a laissés libres de réagir. 
Ne le déplorons-nous pas tant et tant. Dans l'État comme dans l'Église, ces structures sont constituées d'hommes, donc marquées par ce que l'on nomme le pêché : le désir du pouvoir, l'attrait pour l'argent, la facilité, la jalousie, l'arrivisme, le besoin de paraître, …

"Le Christ symbolise dans sa personne même cette relation entre le divin et l'humain. Dieu et l'homme sont à la fois séparés et unis, libres et alliés. Dieu est d'autant plus Dieu qu'il s'est fait homme, proche de chacun, sans dégoût des petitesses, de la maladie ou des infirmités. Et l'homme est pleinement et parfaitement homme quand il accepte cette relation d'amour que propose Dieu, quand il décide de suivre librement la volonté de Dieu, quand il croit que Dieu peut faire de sa vie quelque chose de beau." (Frère Olivier – œuvre JJA)

Et qu'en est-il de nos vies ? La dimension religieuse va rarement être ce qui ressort au premier abord de notre personne et pourtant elle va (doit) transparaître dans tous les domaines de notre vie. 

Nous ne sommes pas chrétien pour rester enfermés dans nos églises. Si nous entrons dans les églises, c'est pour en ressortir aussitôt afin de vivre dans le monde. Saint Jean-Paul II nous l'a si souvent répété : "N'ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ. À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des états, des systèmes politiques et économiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation et du développement. N’ayez pas peur ! Le Christ sait ce qu’il y a dans l’homme ! Et lui seul le sait !"  (1978)

Le Christ est celui qui nous remet en question continuellement : Est-ce que tu aimes vraiment ? Ce que tu fais, les choix que tu poses, le style de vie que tu mènes, est-ce vraiment ça que tu dois vivre pour porter le plus de fruit ? Es-tu bien un témoin de l'espérance, de la foi, de la charité ?

Emmanuel Marfoglia, Président du "Chantier" 
Jean-Jacques Verniest, chargé de mission