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Décès de notre doyen  Version imprimable

par NOS PEINES, le 29/05/2013

Lucien vient de nous quitter. Il avait 97 ans, autant dire qu’il est impossible de retracer en quelques instants un parcours de vie aussi long, qui a traversé deux guerres mondiales et des mutations sociales sans précédent dans l’histoire.

Il est pourtant resté fidèle à Paris dont il a gardétoute sa vie cet esprit de titi parisien qui l’a si bien caractérisé, depuis la rue d’Aligre jusqu’à Neuilly-sur-Marne en passant par la rue de Lyon, l’avenue de la République et Vitry-sur-Seine.

Sa vie a démarré dans une pièce où coexistait une famille de cinq personnes : l’eau était dans le couloir, l’éclairage dépendait des lampes à pétrole, le charbon était à la cave et on se lavait aux bains douches municipaux. A la fin de sa vie, dans son pavillon coquet et tout confort de Neuilly-sur-Marne, la télévision trônait dans presque toutes les pièces.

Dès l’âge de six ans, il découvrait le "Chantier", qui lui a permis, selon ses propres dires, « de ne pas être livré à la rue » ». Il lui sera fidèle toute sa vie.

Fort de son certificat d’études obtenu en 1926 (il avait 13 ans), il commença son initiation professionnelle par quelques balbutiements, groom à la société des wagons lits, puis employé dans une miroiterie ou encore dans plusieurs entreprises où il apprit la reliure, qui resta jusqu’à la fin, un passe-temps précieux pour rassembler ses souvenirs. Il explora sa voie dans des petits boulots de rue où son art de la vente s’aiguisa à travers la promotion de savons, de parfums ou de brochures imprimées pour les enfants. Et ce fut ensuite le métier de représentant qu’il exerça jusqu’à sa retraite, depuis les annuaires de banlieue jusqu’à l’office d’annonce en passant par le bijou.

Mais sa vie fut aussi la construction de sa famille qui débuta, un soir de novembre 1938 au bal des catherinettes qui lui fit découvrir celle qui allait devenir sa femme, Georgette la couturière. Un bal des quiproquos, puisque son meilleur copain se présenta le lendemain à sa place devant Georgette, Lucien s’étant blessé.

Car Lucien était également sportif, même si ses ambitions n’ont pas été abouties : Paris-Tours à vélo avec son frère, service militaire à Antibes où il vit à 20 ans la mer pour la première fois, athlétisme dans le cadre du "Chantier".

Petit à petit il construisit sa famille avec Georgette, avec la naissance de leur première fille, Jeanine en octobre1940. Et par la logique générationnelle, la famille s’étoffa pour aller jusqu’aux arrière-petits enfants, l’apanage de ceux qui vivent longtemps.

Dans la dernière partie de sa vie, Lucien rassembla et cultiva ses souvenirs, ne ratant aucune occasion d’en faire partager ses proches, allant même jusqu’à rédiger ses mémoires, de son écriture serrée, avec une minutie et un sens des détails étonnants. 66 pages et autant d’illustrations, une trace qu’il a voulu nous laisser.

Lucien vient de nous quitter. Chacun d’entre nous emporte au fond de lui-même des pages, des partages, des croisements, des fragments  de Lucien qui continueront de vivre en nous.

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Lucien n'est plus. Lui qui nous semblait devenir éternel nous a pourtant quittés ce 28 mai. Lorsqu'il venait encore aux réunions au "Chantier", toujours bon pied bon œil, il redonnait le moral aux Anciens.

Il était entré au "Chantier" à 8 ans (en 1924) avec son frère André. Plus tard il m'avait accueilli en 1938 à l'athlétisme, car il faisait partie de la grande époque de l'U.A.C. avec des garçons comme Marcel Frédix, Jacques Berlin, Charles Legrand, André Pierre, Georges Mouquet, etc. etc.  Il a pratiqué aussi le football mais plus pour rendre service aux camarades, c'était un tendre.

Il a joué à l'Artistique dans les opérettes légères avec Georges Bernard, où tous deux formaient "une paire comique" de grand talent, et on le trouvait partout où l'on avait besoin d'aide.

Pour le centenaire, il a participé avec quelques amis à la restauration de la maquette du "Chantier" de la rue de Bercy (visible dans la salle de musique ou Lucien Laguette).

À Hermancia, il a participé comme nous tous aux colonies en tant que colon, gradé, "bras cassés", organisateur, responsable. Pendant les dernières années de Monsieur l'Abbé Jean, il faisait le voyage aller-retour "Paris-Hermancia" avec sa voiture chaque fois que celui-ci exprimait le désir de respirer le bon air du Lac Léman, ce qui était fait "façon Colo", immédiatement, sans délai, et avec le sourire.

Chez lui le sous-sol de son pavillon a été transformé en salle de cinéma où il possède un nombre impressionnant de films et de photos qu'il a fait lui-même et qui retracent la vie du "Chantier" depuis son origine, avec le talent qui était le sien.

Que de souvenirs, Lucien fait partie de ceux que l'on ne peut oublier. Nous prions pour lui, pour sa famille, et pour le "Chantier du ciel" qui s'agrandit.

Au revoir cher Lucien.

Louis Comte


               
       
       
       

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