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JUILLY 1942  Version imprimable

par Marc Rolland, le 08/02/2013

La route étant toujours coupée pour Hermancia, nous repartons encore pour Juilly.

Nous étions plus nombreux (jusqu'à 200 en tout). Les murs étaient toujours aussi tristes. Les fermiers briards ont vu arriver avec effroi nos Bons Aînés : Raoul, Henri, Marcel et les autres, venant à la chasse à la patate.

Ce qui, avait changé, c'était nous ! Une année de plus au Chantier, cela vous marque !

Le côté militaire on s'en fichait ! D'ailleurs j'étais caporal, et à ma gauche, deux caporaux Roger Chassignol et Pierre Poinsenet. De plus, nos équipes étant plus longues, nous bénéficiions de seconds, moi, Gilbert Stringat et à droite Jean-Pierre Develay et Michel Rolland.

À notre tête nous avions Rémy notre sergent (je n'ai pas connu son prénom) et un sergent-adjoint, Jean Silvagnoli.

Sa nomination avait créé un léger tollé : un garçon qui n'avait jamais mis les pieds au Chantier et déjà gradé ! Mais Jean ne cherchait pas les honneurs. Il était du genre doux poète et ce qu'il aimait surtout, c'était parler et raconter des histoires. C'est comme ça qu'il a conquis les jeunes et moi aussi ! Il ne restait plus qu'à conquérir le Chantier, ce qu'il a fait !

Deux évènements exceptionnels ont marqué cette colonie : 1° Les prunes : un moniteur a fait passer son groupe à travers un verger de pruniers dont les fruits étaient à point. Après, il ne restait plus que les arbres nus. Cela allait barder !!

Monsieur l'abbé Jean, de loin, devant le portail (il était toujours devant le portail quand ça allait barder)

"On m'a traité de voleur ! criait-il !".

Nous sommes rentrés la tête basse. Monsieur l'Abbé a demandé aux délinquants de sortir des rangs. Une douzaine de garçons se sont déplacés. Après le sermon d'usage, Monsieur Tassard, un peu sadique, leur a appliqué sur les mollets, une volée de coups de baguette..

C'était dur ! Rémy et moi n'étions pas concernés, nous n'avions croqué que quelques pêches !

2° La boue : Il avait beaucoup plu au bois de Montgé. Nous étions heureux de plonger nos petits pieds dans cette belle boue gluante. Cela n'a pas tardé, des boules ont volé au dessus du groupe. C'est là que le moniteur a eu cette idée de génie (le même peut-être que pour les prunes). Si l'on faisait une bagarre Bleus contre Rouges. C'était sale !

Nous sommes rentrés en chantant, au pas, en uniforme café au lait. Bien sûr, Monsieur l'Abbé était au portail, il nous a envoyé à la douche et a dit au moniteur : « C'est ça qu'on vous apprend au séminaire !!» .

Il n'est pas passé à la douche, c'était un noir !

Pour le reste, la routine : bien jouer, bien chanter, bien s'amuser !! Bref une bonne colonie.

Nos Aînés étaient vraiment bons. Nous sommes rentrés à la maison avec deux kilos de pommes de terre dans nos musettes.

Marc Rolland


               
       
       
       

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